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Dakar, Senegal

L’étudiant qui choisit de faire ses études à Dakar réalise des économies

L’ancien ministre de la communication a retrouvé avec bonheur son costume de Pdg du Groupe Iam.

Dans cet entretien, Moustapha Guirassy revient sur les atouts majeurs qui ont fait le succès de l’enseignement supérieur privé au Sénégal dont il est l’un des pionniers, il y a une vingtaine d’années.

La Gazette : Comment expliquez-vous l’intérêt des étudiants étrangers pour l’enseignement supérieur au Sénégal ?

Moustapha Girassy : On peut d’abord dire que cela est lié au rôle historique que nos universités ont eu à jouer dans le processus de formation des cadres africains. La destination Dakar, de par la qualité de l’offre et du rayonnement international de ses intellectuels très engagés dans divers combats politques et citoyens dans le monde, était en effet l’une des destinations les plus prisées par les étudiants africains et cela a continué d’etre ainsi bien après les années d’indépendance. Le pays d’intellectuels de la trempe de Senghor, de Cheikh Anta Diop, de Abdoulaye Wade, de Balise Diagne, de Lamine Guèye, de Birago Diop, de Sembene Ousmane, de Keba Mbaye ne pouvait laisser indifferents les jeunes africains de l’époque, à la recherche de savoirs et de modèles.

Mais hélas, par la suite, la faiblesse des capacités d’accueil des universités face au nombre croissant d’étudiants, le caractère obsolète des formations proposées et les perturbations liées aux mouvements de grève ont été autant de facteurs d’affaiblissement de la destination Sénégal.

Heureusement qu’il ya eu après cela l’avènement des écoles de commerce ou business schools apportant un plus par rapport aux universités publiques qui ne mettaient l’accent jusqu’ici que sur les sciences économiques, juridiques, politiques, et pas assez sur les sciences de la gestion et de l’entrepreneuriat. Pas mal de finalités assignées aux disciplines enseignées étaient extraverties du fait des colonisateurs pour mettre la ressource humaine formée plus au service de ses projets d’économie de traite plutôt qu’au service de notre économie nationale, par le développement d’un secteur privé fort.

Donc pendant longtemps, (et peut-être encore aujourd’hui), les étudiants dans le public ont été formés pour servir l’entreprise néocoloniale ou le caractère extraverti de notre économie. On se souvient encore de l’échec de l’opération "Maitrisards" découlant de la volonté tardive de l’Etat de faire la promotion du secteur privé national et de l’absence des compétences managériales et entrepreneuriales devant accompagner et porter cette initiative.

Les premières business schools ont donc vu le jour avec des partenariats forts avec le monde des affaires, un nouveau discours sur le management, sur l’entreprise et sur les success stories. Les business schools innovaient en apportant un regard nouveau, un style nouveau. Le rêve était encore permis ; en effet, les jeunes étudiants, fort de leurs compétences en management, outillés au plan du développement personnel, pouvaient encore espérer jouer un role dans nos économies de plus en plus globalisées et dans lesquelles le monde du business était décisif.

Le positionnement s’est d’abord fait en tournant le dos aux formations classiques de BTS, DUT pour aller vers l’introduction de nouveaux grades: bachelors et masters et aujourd’hui de DBA. Nous sommes aujourd’hui fiers d’avoir été parmi les pionniers. L’histoire nous donne raison parce qu’aujourd’hui le système Lmd a fini par être imposé à presque tous les systèmes d’enseignement supérieur. La nouveauté de nos programmes de formation, leur caractère pragmatique et orienté vers le monde des affaires, la qualité des partenariats noués avec les plus grandes écoles de commerce dans le monde ont aidé nos établissements à s’imposer dans l’espace de formation, voire à en être les leaders, surtout dans le domaine de l’éducation au management. La co-diplomation que nous pratiquons avec d’autres établissements, la reconnaissance du Cames, la certification Iso, les labels centre d’excellence de l’UEMOA, l’appartenance à des reseaux comme AABS, EFMD, AUF, sont des gages de qualité qui expliquent le leadership du Sénégal en matière de formation et par ricochet l’essor de la destination Dakar. Aujourd’hui, avec humilité, nous pouvons dire sans nous tromper que les écoles de commerce en général ont fortement orienté les stratégies de formation en management dans nos universités publiques. Cela a été possible, parce que ayant des tailles plus réduites et des modes de gouvernance plus appropriés et plus flexibles.

En résumé, le rôle joué par les premiers intellectuels sénégalais dans le monde et le leadership assumé de certaines de nos écoles de commerce ont font de notre pays une destination de premier ordre pour les étudiants étrangers.

Est-ce que cet engouement peut perdurer encore longtemps ?

Non. Nous constatons plutôt une nouvelle tendance baissière ; de plus en plus d’ étrangers restent à présent chez eux, étant donné la masse critique d’étudiants formés ici et qui, reprenant la philosophie de nos écoles de commerce, ont ouvert des structures de formations chez eux. En somme, nous commencons à vivre ici ce que les universités amricaines et européennes ont connu chez elles les 10 dernieres années: une concurrence forte nationale et internationale qui donne à l’étudiant candidat une offre de plus en plus riche, très vaste, diversifiée et alléchante. C’est ce qui explique la stratégie de certaines écoles de s’implanter dans les pays pourvoyeurs d’étudiants. Dans la mesure où il y a une limite à la croissance du marché intérieur, il faut impérativement une politique à l’international pour gagner des parts de marché nouvelles. La strategie peut aussi etre celle de la formation à distance avec les technologies de l’information et de la communication. On observe encore une fois le même phénomène en France si l’on se réfère au nombre d’écoles de commerce françaises récemment ouvertes au Sénégal.

Certains pensent que l’enseignement supérieur privé au Sénégal coûte chèr ?

Pas du tout, comparé à ce qu’il devrait être. Il faut savoir que l’enseignement supérieur coûte cher. Et ceci partout dans le monde. Un Mba dans certaines grandes écoles en France ne coûte pas moins de quinze (15) millions pour un an. Comparez-le au nôtre qui fait moins de 4 millions alors que nous offrons les mêmes enseignements avec des enseignants de même rang et d’égale compétence. C’est dire que l’étudiant qui choisit de faire ses études à Dakar réalise des économies, même si le seuil de rentabilité est difficilement atteint dans un contexte où le niveau d’investissement et d’exigences des apprenants est de plus en plus élevé. Peut-être cher par rapport au pouvoir d’achat des Africains, mais très peu suffisant si l’on tient compte du niveau d’investissement requis, de la qualité des enseignements et du label des diplômes décernés. En tenant compte par exemple du bilinguisme que nous pratiquons , les professeurs étrangers que nous faisons venir de temps en temps, les chefs d’entreprises et les responsables d’organisations internationales qui prennent de leurs temps pour dispenser des cours, nos étudiants sont plus que choyés. Figurez-vous que certains de nos enseignants sont payés entre 15 et 25 000 francs de l’heure, alors que nous pratiquons des tarifs mensuels par étudiant autour de 100 000f par mois. Je dois aussi rappeler que les établissements d’enseignement supérieur privé ne sont pas subventionnés.

Qu’en est-il de la reconnaissance des diplômes du privé ?

Nous sommes plusieurs à avoir la reconnaissance de L’Etat. Mais pour nous, la reconnaissance du milieu des affaires, à travers le recrutement de nos diplômés, l’accompagnement de leurs ressources humaines est tout aussi importante. Pour les accréditations internationales que nous cherchons, cette reconnaissance de l’entreprise est même plus importante. Quand la structure est faible, la reconnaissance de l’Etat devient une prothèse ; autrement dit, cela devrait être un objectif minimal. Il y a sûrement une concurrence malsaine par rapport à laquelle l’Etat devrait jouer un rôle ; mais le vrai assainissement se fera par le marché à travers le filtre de la qualité. Par ailleurs, l’Etat doit également revoir la réglementation et les lois pour faire en sorte que les diplômés du public et du privé soient aux yeux de la fonction publique d’égale dignité. Je suis très heureux de noter le dynamisme et la vision nouvelle de notre ministre de tutelle. J’ai très bon espoir eu égard à la volonté affichée.

Comment accueillez-vous la décision du gouvernement d’envoyer certains étudiants non orientés dans le privé ?

L’Institut Africain de Management (IAM), à l’instar des autres membres de la Conférence des Grandes Ecoles dont il fait partie (avec BEM, ISM et Sup de Co) et du collectif des établissements privés d’enseignement supérieur, s’honore d’accompagner le Gouvernement du Sénégal dans la résorption des bacheliers non orientés.

Nous mesurons à sa juste valeur ce que cette mission patriotique requiert comme sacrifices de la part de chaque acteur, public comme privé.

Toutefois, les moyens mis à la disposition du privé pour accompagner l’opération se doivent d’etre soutenables par nos établissements pour maintenir le niveau de qualité des prestations qui nous a valu certaines accréditations internationales. C’est par exemple notre engagement pour la qualite vis-à-vis de l’Association africaine des business school (AABS), de la European Foundation of Management Development (EFMD), de l’Agence française d’accréditation qualité (AFAQ), du Programme d’appui aux centres d’excellence de l’UEMOA (PACER), ...

Propos recueillis par Mamadou SARR

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